Dans mon dernier billet en mars dernier, je m’interrogeais sur la pertinence, pour la France, de construire un nouveau porte-avions en remplacement de celui actuellement en activité.
J’ai lu pas mal d’articles, piochés un peu partout; j’ai écouté des émissions, des podcasts; regardé quelques émissions à la télé dont certaines sur des chaines d’infos en continu, en particulier sur la guerre déclenchée contre l’Iran par les USA et Israël.
D’après ce qu’avait affirmé le président américain, cette guerre ne devait durer que quelques semaines. D’ailleurs, le 9 mars 2026, il affirmait sur CBS, que, je cite: « ls n’ont plus de marine, plus de moyens de communication, plus d’armée de l’air. Leurs missiles sont dispersés. Leurs drones sont détruits de toutes parts, y compris leurs usines de fabrication. Si vous regardez bien, il ne leur reste plus rien. Militairement, il ne leur reste plus rien »
Il est vrai que l’Iran n’a plus de marine militaire digne de ce nom pas plus qu’elle n’a d’aviation, les deux quasiment entièrement détruites dès les premiers jours de l’intervention américano israélienne. Sauf qu’il lui reste un nombre respectable de missiles et surtout de drones.
Et donc, à partir de là, ce conflit va se devenir un conflit asymétrique, c’est-à-dire qu’une grande puissance, possédant une marine et une aviation dominantes, des alliés, certes d’une fragilité certaine, mais utilisés comme relais, donc, cette puissance considérable se trouve confronté à un ennemi qui lui oppose des drones relativement sophistiqués, mais efficace et surtout en grand nombre du fait de leurs coûts modestes, en comparaison des missiles américains, tels les Patriot pour ne citer qu’eux. D’autant que les bombardements sur l’Iran ont quelque peu mis à mal le stock de ces munitions.
Une des conséquences, c’est que les deux port-avions américains – le Gerald L. Ford et le Abraham Lincoln, tout deux à propulsion nucléaire -sont très éloignés des côtes iraniennes, le premier croise en Méditerranée en attendant d’être relevé; le second croise au large de Oman et des EAU, au sud ouest de la péninsule arabique.
Pour relever le Gerald L. Ford, l’USS George H.W Bush – 102 000 tonnes -a quitté son port d’attache, Norfolk en Virginie le 31 mars, pour le rejoindre en Méditerranée.
Même si ce qui suit n’a aucune conformation de la Marine américaine, le Bush devait passer Gibraltar, rejoindre le Ford, le remplacer et passer par le canal de Suez, longer la péninsule arabique et passer le détroit de Bab-el-Mandab pour rallier le Lincoln.
Sauf que ce détroit, long de 75 kms et large de 27 est contrôlé en partie par les Houtis, organisation islamiste chiite, alliée de l’Iran et qui possède drones et missiles, menaçant ainsi tout passage de navires militaires américains.
Pour revenir au porte-avions Bush, celui-ci a modifié sa route pour descendre vers le sud et longer les côtes africaines, en passant par le cap de Bonne Espérance pour rejoindre le Lincoln. Une route quand même bien plus longue que passer Gibraltar. À partir de ce fait quand même surprenant, quelles sont les raisons qui ont poussé l’état-major de la Marine – avec l’accord des autorités politiques – à dévier la route de ce bâtiment?
Des « experts », des analystes, des spécialistes de la chose militaire et maritime émettent l’hypothèse que personne ne voulait prendre le risque que le porte-avions puisse être touché par un drone ou un missile tiré par les Houtis.
Ce n’est qu’une hypothèque qu’aucune autorité américaine n’a cependant validé.
Mais, enfin, un porte-avions qui embarque un groupe aéronaval de 60 à 70 avions, dont un grand nombre de chasseurs dont l’efficacité n’est plus à démontrer, sans compter à bord plusieurs batteries de missiles, des moyens de radar ultra perfectionnés, et trois destroyers d’escorte, comment une telle armada peut-elle craindre une attaque menée par un État qui n’en est pas réellement un, en permanente guerre civile?
Il est quand même permis de s’interroger.
je reviens à mes interrogations, objets de mon précédent billet: est-il toujours pertinent pour la France d’entreprendre la construction d’un nouveau porte-avions?
Si je prends l’exemple de la Marine russe en mer Noire qui n’ose pratiquement plus sortir de ses ports pour éviter les drones ukrainiens; et si j’ajoute le fait que la Marine américaine évite d’approcher trop près des côtes ennemies, je me dis qu’un porte-avions est décidément bien fragile et qu’en fin de compte, les autorités, civiles et militaires, hésitent à l’utiliser de peur qu’un méchant drone fasse un trou dans sa coque!!!
Il est peut-être encore trop tôt – le conflit irano-américain-israélien n’est pas encore terminé et les porte-avions peuvent être encore utilisés – pour tirer des enseignements définitifs sur l’utilisation des drones et leurs conséquences au regard des porte-avions.
Mais pour ce qui me concerne, je me demande à quoi pourra servir notre » France Libre » si nous n’osons pas nous en servir, si par malheur….
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