Le 21 décembre 2025, le Président de la République, Emmanuel Macron, annonce le lancement de la construction d’un nouveau porte-avions à propulsion nucléaire, dit le « porte-avions nouvelle génération » ou PA-NG.
Il s’agira de remplacer le Charles de Gaulle, lui aussi à propulsion nucléaire, mis en service en mai 2001.
La première tôle du PA-NG devrait être découpée en 2031 et le bâtiment opérationnel en 2038. Les chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire assureront la construction avec, bien sûr, plus de 800 sous-traitants.
Construire un tel mastodonte de 310 mètres de long pour 78 OOO tonnes demande un savoir faire industriel de très haute gamme: même si ce ne sont pas les mêmes processus de mise en oeuvre que ceux des paquebots géants, Naval Group et les chantiers de l’Atlantique possèdent la maitrise totale de ce genre constructions.
Outre que « le Charles » arrivera en fin de parcours dans les années 2035 – 2040, pourquoi se lancer dans un nouveau porte-avions dont le budget total sera, en principe de 10 milliards d’euros?
Un porte-avions, nucléaire de surcroit, est d’abord un instrument de puissance extraordinaire puisqu’il est capable de projeter la puissance aérienne au coeur de n’importe quel territoire et donc de rendre son action décisive.
En prenant en compte cependant que la doctrine de la France en matière militaire n’est pas une doctrine de conquête. Et donc, il n’est pas question d’aller envahir qui que ce soit.
Il n’empêche que poser la question de la pertinence – ou non – d’un tel projet se pose, ne serait-ce que sur le plan strictement stratégique.
Alors, oui, je m’interroge: la construction d’un tel bâtiment est-elle pertinente? Ne risque t-on pas de le favoriser au détriments d’une flotte de surface, actuellement sous-dimensionnée?
Avec ses drones navals et ses missiles, la Marine ukrainienne a envoyé par le fond ou rendu inutilisables plusieurs patrouilleurs, navires de débarquement, plusieurs corvettes, une frégate et un croiseur lance-missiles. Ainsi que des bâtiments de servitude et un sous-marin. Tous russes. Et cela, depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Ce qui eu pour effet de quasiment interdire à la flotte russe toutes navigations en Mer Noire.
Bien évidemment, comparaison n’est pas raison.
Pour autant, il est permis de s’interroger: si quelques drones ou missiles ont pu avoir raison de quelques navires de tonnages modestes, que dire des missiles hyper soniques évoluant à MACH 5 et à des altitudes de près de 30 000 mètres et, cerise sur le gâteau, très manoeuvrables?
Missiles que l’armée russe semble posséder et maitriser. C’est en tout cas ce qu’affirme le président russe.
Bien sûr, les navires de défense anti-aérienne qui accompagnent et protègent le porte-avions sont équipés de matériels de détection anti-aériens très efficaces.
Il n’empêche, le porte-avions, de par sa énorme masse est une cible facilement détectable et une salve de missiles pourrait se révéler fatale.
Prenons deux références en remontant à la seconde guerre mondiale:
1. la Marine allemande possédait plusieurs cuirassés, modernes et puissants: de l’Admiral Graf Spee » au Bismark » en passant par le « Tirpitz », le « Scharnhost », le Gneisenau », des navires impressionnants par leur tonnage, leur armement et leur vitesse.
Sauf que ces cuirassés, pour ne citer qu’eux, ont tous finit par être coulés par la Marine et l’aviation Britanniques. Au final, à partir de 1943-1944, mis à part la flotte sous-marine, les bâtiments allemands ne sont quasiment plus sortis en mer, étant des proies trop faciles pour les Alliés.
2. la bataille du Pacifique a opposé deux Marines, japonaises et américaines, toutes les deux disposant d’une flotte impressionnante, en particulier les portes avions: 14 pour l’US Navy et 12 pour la Marine impériale. Je n’ai pris en compte que les porte-avions « lourds ».
Tous les porte-avions qui ont été coulés l’ont été par l’aviation, leurs bombes et/ou leurs torpilles.
Ne pas oublier cependant que ce sont les porte-avions de l’US Navy qui ont permis aux USA de gagner la bataille du Pacifique.
Ces deux exemples montrent la fragilité de ces bâtiments,face à des adversaires plus mobiles, plus invisibles et en grand nombre.
On pourra m’objecter, à juste titre, qu’à partir de ce raisonnement, il n’est même plus nécessaire d’avoir une Marine puisque le moindre missile peut envoyer n’importe quelle unité par le fond. Mais aussi ni artillerie, ni aviation. Ni infanterie…
Ce serait le triomphe de la dissuasion réciproque… Le triomphe d’une paix universelle et éternelle!
Mais, si nous pouvons parfois rêver, voire fantasmer à la prééminence d’une sagesse humaine, il nous faut malgré tout revenir aux réalités.
Et ces réalités, ce sont les courses permanentes depuis que l’homme est l’homme, à inventer et construire toujours plus d’armements pour tuer, conquérir, soumettre…
Alors, revenons au PA-NG.
J’ai évoqué sa vulnérabilité face à une salve de missiles ou une attaque aérienne massive. Mais, je dois à l’honnêteté de souligner ses forces: son autonomie, sa mobilité, sa liberté de manoeuvre, son aviation embarquée sans oublier les hauts niveau de compétence de ses équipages et des technologies de pointe à tous les niveaux.
À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas de réponses à mon questionnement. Il va me falloir lire, écouter, regarder, bref, essayer de comprendre une problématique complexe et compliquée dont je suis loin de posséder tous les éléments, y compris, et ce ne sont pas les moindres, les éléments économiques et politiques.
Et puis va se poser la question du nom qui sera donné à ce PA-NG: question qui sera forcément polémique. En France, nous adorons nous déchirer quand il faut choisir quel nom donner à une rue,un quartier ou … un bâtiment de guerre d’importance.
Pour ma part, Richelieu, cela aurait de la « gueule »…
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