C’est l’histoire d’un beau bateau, un superbe bateau, élégant, dynamique, charismatique, débordant d’énergies, d’idées, de projets…
On le voyait partout, dans les fêtes, en prime time à la télé, à la une des quotidiens. Les paparazzis se battaient pour la moindre photo.
Il faut dire qu’il était particulièrement photogénique, il connaissait son meilleur profil et savait prendre les meilleurs poses: les photographes l’adoraient: il faut lui reconnaitre qu’il leur faisait gagner très bien leur vie.
À bord, l’imagination était au pouvoir, les créations, les inventions, les innovations se retrouvaient dans chaque étage, dans chaque coursive, dans chaque plage, avant, arrière. Partout où il y avait de la place. Et de l’argent.
Et, il savait recevoir, et même très bien recevoir.
Alors, chacun s’empressait de venir à son bord où chacun était reçu magnifiquement. Il faut dire qu’à bord, tout était fait pour le bonheur des invités dans de magnifiques salons, avec les meilleurs cuisiniers, les meilleurs sommeliers, les meilleurs pâtissiers.
Et donc, toute la société faisait des pieds des mains pour être invité à son bord. Tous se bousculait dans les salons, sur les passerelles, politiques, journalistes, artistes, sportifs même. Et tout ce beau monde, se flattait de faire faire partie du premier cercle, premier cercle bien large en vérité, bien trop large même…
Bref, ce bateau était magnifique et chacun le vénérait.
Pourtant, ce beau bâtiment avait quelques problèmes sur sa coque, certes invisibles, mais pas tant que cela en réalité. Cela se voyait un peu, mais si beaucoup les voyait, aucun n’en parlait, cela aurait été sans doute indécent.
Ce beau bâtiment avait donc fait quelques travaux sur cette coque qui avait vieillie, mais les artisans n’ont pas vraiment bien travaillé, mais il est vrai qu’il est difficile de faire du neuf avec du vieux.
Et puis, ce beau bateau, à force d’être flatté, d’être adulé avait fini par croire que tout ou presque lui était permis. Alors, il s’était mis à privilégier des amis bien trop proches pour être honnêtes. Il avait oublié ainsi ce qu’avait écrit le grand La Fontaine dans une de ses fables: « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».
Et quand la belle machine du beau bateau a donné des signes de faiblesse, il a accepté des cadeaux empoisonnés.
Et le beau bateau a commencé à prendre de la gite. Pour, petit à petit, couler définitivement.
Alors, comme dans tout naufrage, les rats ont quitté le navire. Ces mêmes rats qui, la veille, se goinfraient et tressaient encore des lauriers au beau bateau, tout en sachant que la belle machine n’était pas si belle que cela.
Tout en fuyant le naufrage, les rats déversèrent sur la pauvre épave leur bonne conscience prise en défaut, comme si ces vagues de boue pouvaient leur faire oublier leurs silences complices et intéressés.
Comme l’a dit un matinalier de la radio en citant Jean François Kahn: « en France, on lèche, on laisse et on lynche. »
C’était vrai hier, cela l’est aujourd’hui et le sera encore demain…
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