À l’origine, comme titre de ce billet, j’avais pensé paraphraser le titre d’un ouvrage de Alain PATON de 1948 où il dénonçait – et avec quelle force! – la ségrégation raciale en Afrique du Sud: « pleure, ô pays bien aimé ».

« Pleure, ô mon Amérique bien aimée ». Voilà le titre que j’avais prévu, mais la paraphrase est un exercice délicat, surtout vis à vis d’un tel texte. Alors, j’ai préféré renoncer, mais je voulais quand même vous en informer.

Voilà de nombreuses années que je vais régulièrement aux États Unis. Dès mon premier voyage, j’ai été impressionné, séduit par cette énergie, par ce dynamisme que je percevais partout où je passais. Séduit également par la gentillesse, la bienveillance des Américains à mon égard. Comme on dit familièrement, j’avais « les yeux de Chimène » pour ce pays et son peuple.

Pour autant, passées les premières émotions, j’ai vite repris contact avec les réalités. Parce que si j’étais toujours amoureux, je n’étais plus un amoureux transi: touriste j’étais, touriste je demeurais. Mes premières impressions étaient toujours présentes, bien sûr, Mais derrière elles se profilaient l’évidence de la dureté, d’une certaine brutalité du quotidien. C’était mieux ainsi: je m’évitais de fausses espérances.

Je suis donc retourné à New York, San Francisco, New Orleans, Memphis, Nashville, Washington, Philadelphie et bien d’autres. Toujours avec le même plaisir d’y revoir ce pays et d’y retrouver les amis qui m’accueillaient avec tant d’amitié.

Pourtant, depuis un an, je n’ai plus envie de traverser l’Atlantique. En cause, celui que le peuple américain a réélu brillamment en novembre 2024.

Un homme que son premier mandat avait révélé brutal, inconstant, menteur. Vantard, orgueilleux, méprisant. Et sachant tout cela, oubliant son soutien avéré à la tentative de ses partisans d’envahir le Congrès, un des temples de la Démocratie Américaine, sachant tout cela donc, ils l’ont réélu très brillamment!!!

Chaque jour qui passe nous apprend de nouvelles décisions, de nouvelles menaces, de nouvelles insultes. Il est intarissable!
À une question posée par des journalistes du New York Times: « Voyez-vous des freins à votre pouvoir sur la scène mondiale ? Y a-t-il quelque chose qui pourrait vous arrêter ? » il répond: « Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter, et c’est très bien ainsi.« (1)

Cette réponse illustre le personnage, dit ce qu’il est: lui seul compte.

Il se veut roi, mais n’est qu’un triste sire. Et il le restera toujours.

Sans même s’en rendre compte, les Américains sont en train de changer de régime politique: d’une vraie Démocratie, certes très imparfaite, ils glissent vers un régime dictatorial, où il est interdit de critiquer le chef.
Pour les imprudents qui s’y risqueraient, les murs des prisons ne sont jamais très loin. Et même de plus en plus proches. Aujourd’hui, les prisons. Demain, les cimetières. D’ailleurs, cela a déjà commencé.

« Pleure, ô pays bien aimé » écrivant Alan Paton. Si j’étais américain, c’est ce que je ferai.

(1) in lemonde.fr du 18 janvier 2026


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